4 - LES CHRONIQUES DE JASON McCORD - En route pour Epsilon AGRI

Publié le par MisterBolt

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Le « STARSHOOT » est un Varlet de classe Tracevide (1). Sa silhouette ventrue file silencieusement le long de la rampe de guidage. Le dock-baie est brillamment éclairé. La paresseuse agitation qui règne en ces lieux est d’une impressionnante sérénité. C’est un ballet de plusieurs milliers de tonnes d’aciers en mouvement, orchestré par des centaines de contrôleurs et un flot ininterrompu de transbordements... Folklorique, non ! Les navires en partance croissent placidement ceux qui s’approchent. Comme à la parade ! Toutes proportions gardées ils ressemblent à de minuscules jouets tant les lieux sont titanesques. Jason est aux commandes. Il ne laisse jamais l’Info-Pilote (2) du « STARSHOOT » manœuvrer pour quitter une station. Trop aléatoire... Oh ! Pas qu’il n’a pas confiance en la précision des instruments, mais le réel embarras avec les Info-Pilotes c’est qu’ils cèdent systématiquement aux ordres du Contrôle Spatial. Heu ! Parfois il faut « Savoir décamper à la Cassiopéenne » !

 

Une voix flegmatique et sentencieuse résonne dans le poste de pilotage. Le son est impeccable et bien loin des voix chromatique d’antan :

 

« STARSHOOT, Sierra Tango 120, accès I.L.S rampe 33, gauche... Maintenez cap, réduisez vts sur 4.85... Correction latérale 2 degrés... Axe ok, autorisation vts 115.8... Dérive 0.015, rectifiez... I.LS réglé sur balise B24... Synchro, ok... Autorisation 680/1024... Bon voyage... Terminé »

 

« C’est ça, terminé » pense Jason. Ces types font ça toute la journée ! La solde est intéressante, mais ce n’est pas la vraie vie. Ils bossent par intervalle de trois heures dans une salle aseptisée, pour 2 heures de repos. Ils empochent dix fois plus que le SMIG (3). Ecœurant ! Comme la majeure partie des vaisseaux n’utilise pas d’info-pilote (seul les paquebots de ligne, quelques yachts privés et les barges du Cometix l’utilise) les vaisseaux Libr’af comme le STARSHOOT sont une authentique manne de pouvoir pour le syndic du Contrôle Spatial. Il faut les voir se pavaner les soirs de gala dans la ville rose : un florilège d’uniformes Night-Blue servi par un authentique concours de festons dorés... Les filles ne s’y trompent pas et s’accroche en grappe à ces gars là ! Pouah...

 

Jason est impassible lorsqu’il pilote. Mais ce n’est qu’apparence. En réalité son esprit et ses réflexes sont canalisés par une multitude de variables et de paramètres qui déferlent en cascades numériques via ses connections nano-synaptiques. Son plot-cérébrale (4) est connectée. Son encéphale stocke les données et intègre, pour la nième fois, le diagramme architectural du navire. Tour à tour, les systèmes mécaniques et électroniques du STARSHOOT deviennent palpables. Jason étend son corps dans celui du vaisseau... Tout paraît correct. Jason fait « un » avec la machine... Il « est » la machine... la machine est « pensante ». Pour l’heure, sa trajectoire le conduit droit sur la marque de saut 24. Un ultime écho et, zap, le STARSHOOT perce son tunnel vers le Trichelumière (5). Pour creuser un chenal, le dispositif PRL-Varlet prend le relais tandis que les propulseurs à fusion débraillent. Tel un scalpel de lumière, le faisceau de forage quantique incise l’espace normal à trois dimensions et ouvre l’accès à un univers à quatre dimensions : le Trichelumière !

 

Le Trichelumière submerge instantanément les cinq sens du « vaisseau-être-Jason ». Sa Psychoperception (6) s’étend à 27 É.A.L (7). Le « vaisseau-être-Jason » vibre d’enchantement. A perte d’ouïe il perçoit la douce mélodie du cosmos. Derrière lui résonnent, en vagues concaves, le métal de puissantes cymbales. Elles roulent graduellement et grondent en souffles zélés... C’est la signature sonore du Cometix. Plus délicats, des grelots tintinnabulent en faisceaux tout autour de la station. Cette fanfare de cymbalettes est jouée par les centaines de petits vaisseaux tourbillonnant autour du Cometix... Soudain un formidable basson, profond, hulule en réverbérations distordues. Son eurythmie se fait diatonique. C’est un majestueux « classe 5 » qui vient de plonger et qui s’éloigne... Plus loin, bien plus loin, à la limite de Psychoperception, l’esprit du « vaisseau-être-Jason » capte une saveur sucrée, panachage au goût caramel et cannelle. L’effluve est éthéré mais reconnaissable, c’est έ AGRI (8). L’étoile est d’une sensuelle douceur... Au delà, plus rien n’est distinct : sons et accords sont désordonnés, comme sourds. Les goûts sont fades et âpre. Les odeurs fluettes, sans arômes...

 

Le « vaisseau-être-Jason » trace sa route à la vitesse de 20 É.A.L/h. Plein pot, le voyage jusqu’à Epsilon AGRI ne prendra qu’une heure et vingt et une minutes. Parfait ! Cela laisse à Jason le temps de remettre en place les pièces du puzzle : Tipo Thi lui a dévoilé le nom d’un des principaux receleurs pirates sur AGRI. Un certain Ulmer ! Connais pas ! Sans doute un petit nouveau... Mais pas assez discret ! Jason compte bien lui rendre une petite visite de « courtoisie »... Pour cela il lui faut entrer en contact avec une dénommée Lili Rémora, l’informatrice de Tipo... Elle connait la planque d’Ulmer ! L’idée de travailler avec cette fille ne déplait pas à Jason, car la demoiselle est un véritable canon ! Une Rouquine à la silhouette athlétique, hanches voluptueuses, corsage généreux et jolie minois. Avec ça de grands yeux aux prunelles émeraude, propre à damner les plus ascètes des grands prêtres de l’Eglise de la « Conscience Universelle » (9). Jason n’est pas contre une collaboration totale...


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(1)   Tracevide : Dénomination générale affectée à une catégorie de vaisseau Varlet. Les vaisseaux Varlet sont classés par Masse (en tonne). On compte 11 catégories de Varlet : Le Chasseur (20t.), le Jabo (30t.), le Tracevide (50t.), le Candel (100t.), le Tabron (200t.), le Transitel (500t), le Classe I (1000t.), le Classe II (2000t.), le Classe III (3000t.), le Classe IV (4000t.) et le Classe V (5000t.). La technologie PRL-Varlet ne permet pas d’aller au-delà de 5000 tonnes. Pour les masses supérieures on utilise la propulsion Lehouine.

(2)   Info-Pilote : Le logiciel INFO-PILOTE permet par exemple à un navire de filer à très grande vitesse au travers un champ d'astéroïdes ou d’accomplir automatiquement les manœuvres d’appontage. Ce logiciel est également l’assistance principale du pilote lors d’un combat en espace normal.

(3)   SMIG : Salaire Minimum Inter Galactique. Il est l’équivalent d’une heure standard de labeur pour un employé non qualifié. La valeur du SMIG est assurée par décret Impérial. Sa valeur actuelle est de 9,75 crédits/h. Pour calculer la rémunération d’un employer, il est recommandé de multiplier la valeur du SMIG par le grade de l’employer (grade de 1 à 6) et le facteur de classification de l’emploi (1 : non qualifié, 2 : militaire, 3 : marchand, 4 : prêtre, 5 : naviborg, 6 : Tekno). On remarque que cette échelle est le reflet du pouvoir détenues par les Guildes Impériales.

(4)   Plot-cérébrale : Les pilotes et les Naviborgs, capables de plonger dans le Trichelumière, sont dotés d’un dispositif d’intégration nano-synaptiques. Cette connexion permet au pilote de réaliser la symbiose « biopsyborg ». C’est le seul dispositif d’assistance au pilotage capable de fonctionner dans le Trichelumière.

(5)   Trichelumière : Dénomination familière pour désigner la « surdimension kinesthésique psychoperceptive ». Elle fut découverte presque par hasard au moment de la « mise au point » du moteur PRL-Varlet. Le Trichelumière compte trois dimensions (X, Y et Z) courbées autour d’une quatrième : le temps (T). L’écoulement du temps dans le Trichelumière est normal à 3 seconds prés par an. La lumière n’existe pas dans le Trichelumière, seul les sens « psychoperceptifs » permettent de l’appréhender. Délivrer du carcan de la lumière, et de ses contraintes, cet espace nouveau permet de franchir, en peux de temps, des distances jusque là interdites. Aucun système automatique de pilotage ne fonctionne dans le Trichelumière. Pour exister en tant que tel dans le Trichelumière, il faut savoir s’unir avec l’essence intrinsèque de cette dimension : seul les êtres ou les entités psychoperceptifs le peuvent.

(6)   Psychoperception : Un être vivant, et intelligent, détient les moyens d’appréhender psychiquement le Trichelumière : sa vue, son ouïe, son toucher, son odorat et son gout lui apportent des informations fragmentaires, contradictoires, insensées, mais toujours personnelles, de la surdimension kinesthésique psychoperceptive. Par expérience et entrainement, l’être finit par s’accommoder des informations pour lequel tous ses systèmes de référence lui font défaut. La Psychoperception réunit toutes les sensations par lesquels un être se représentante ce qui existe dans le Trichelumière. La Psychoperception des races E.T. est parfois très particulière...

(7)   É.A.L : Equivalent Année Lumière. Unité de distance utilisée dans le Trichelumière.

(8)   Epsilon AGRI : Planète de l’Oligarchie de Karg. Monde classé fin NT4 début NT5 par l’almanach impérial. Epsilon AGRI est destinée à la production agraire et à l’élevage de masse. Quatre stations orbitales permettent l’accès à la planète. Il est strictement interdit de se poser sur le sol. Seule la CECO, compagnie d’exploitation commerciale de l’Oligarchie, détient les autorisations nécessaires.

(9)   Eglise de la « Conscience Universelle » : Eglise Psy prêchant la connaissance et l’entendement de toutes choses comme but suprême de l’enrichissement de l’être. Ses pontifes sont d’incontestable puits de sciences et de sagesse. La connaissance universelle étant la seule source de nourriture de l’être, ses partisans sont tenus à un ascétisme draconien. Les prêtres de l’Eglise de la « conscience universelle » sont d’excellents scientifiques, psychologues, anthropologues, etc. Ils sont, en conséquence, souvent appelés à se joindre à de nombreuses missions d’exploration.

 

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